Depuis plusieurs années, Émile Bilodeau utilise sa guitare comme un trait d’union entre allochtones et Autochtones. En avril dernier, l’auteur-compositeur-interprète s’est envolé vers le Nunavik pour y animer des ateliers musicaux auprès de la jeunesse inuite. Il mène ainsi un double front politique : concilier son idéal souverainiste avec la défense des langues et des droits autochtones. De la Côte-Nord au Grand Nord, plongée dans la démarche engagée d’un artiste qui place les collaborations et l’éducation au cœur de sa pratique musicale.

« “Émile”, en inuktitut, ça veut dire bière. J’capotais, man ! C’est une petite fille de 5 ans qui me l’a dit. “Émilouk ? Why do you call me Émilouk ?” “Émilouk means beer”. Émilouk en tabarnak, je suis chanceux, j’aurais pu m’appeler “Vomi” », plaisante le chanteur, attablé dans un café de Rosemont.

Pendant son séjour à Umiujaq, sur les rives de la baie d’Hudson au Nunavik, Émile Bilodeau a eu l’occasion de pratiquer son inuktitut. Invité en avril par l’équipe enseignante de l’école Kiluutaq, il est avant tout venu animer des ateliers de musique. Un voyage financé par une bourse du Grand Nord de 7000 $.

Une semaine d’ateliers musicaux pour les élèves d’Umiujaq

Au cours de la semaine, l’artiste originaire de Longueuil a montré aux élèves des accords de piano et de ukulélé, ils ont chanté ensemble des chansons appréciées des jeunes Nunavimmiut, et aussi quelques-unes de ses propres créations.

Émile Bilodeau, qui sera en tournée cet été à travers le Québec, au Nunavut, en France et en Suisse pour son spectacle solo Bill aux îles, n’est pas venu les mains vides à Umiujaq. « J’avais une réflexion sur l’engagement que demande un instrument. Une guitare, ça prend des nouvelles cordes, un pick, un capo, un tuner, etc. Un harmonica, ça prend juste une bouche et une poche. Tu le mets dans ta poche. Quand tu as envie de jouer, tu souffles. »

Instruments accessibles et intuitifs, les 50 harmonicas offerts par le chanteur sont rapidement pris en main par les jeunes mélomanes. « Chaque classe avait sa gamme. C’était vraiment le fun parce que j’avais juste à trouver un riff, c’est-à-dire un enchaînement d’accords dans la bonne gamme. On jouait ça ensemble, c’était super facile. Tout le monde avait son moment pour être sur le spotlight. »

L’artiste multi-instrumentiste, qui fêtera bientôt ses 30 ans, voyageait en bonne compagnie. Le réalisateur Jules Falardeau est venu documenter le séjour en images, tandis que le sonorisateur Steve Lemay, aussi enseignant au Cégep d’Alma, animait des ateliers de prise de son.

Une collaboration musicale avec des artistes de la région

La semaine a été productive : Émile a aussi travaillé sur une chanson intitulée Nunavik, en collaboration avec deux artistes du Grand Nord. Young Black Inuk, originaire de la région, y contribue avec un couplet en anglais, tandis qu’Hyper T, du Nunavut, chante le sien en inuktitut. Le morceau intègre aussi un enregistrement des élèves scandant en chœur : « Nunavik, Nunavik ! », ainsi que des captations de percussions
traditionnelles.

Dans son couplet en français, Émile évoque quant à lui le projet de barrage hydroélectrique de Grande-Baleine, abandonné en 1994 par le gouvernement québécois face à l’opposition commune des Inuit et des Cris. « C’était la première fois de l’histoire qu’un projet hydroélectrique s’arrêtait à cause de mobilisations autochtones. Ils sont allés jusqu’à l’ONU à New York avec un canot traditionnel ! [Dans la chanson Nunavik], je parle des routes ancestrales qui sont brisées parce que les grosses machines québécoises sont arrivées. Ç’a créé un territoire blessé. »

En ramenant ce passé à la surface, Émile rappelle que la véritable réconciliation commence par la  reconnaissance des torts causés au territoire et à ceux qui l’habitent depuis des millénaires.

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À propos de l'auteur

Yann Lenzen

Journaliste société