« D’un point de vue légal, l’eau est publique au Québec, c’est un bien commun. On pourrait penser que la population en jouit, mais la réalité est tout autre, explique Rodolphe Gonzalès. La démographie se concentre autour du fleuve et les berges les plus prisées sont privatisées. Avec ce système de marché et de vente à la découpe du territoire, l’accès public s’est réduit comme une peau de chagrin. Au final, il ne reste plus que des confettis d’accès territoriaux. »
Avec la privatisation des berges, mais aussi l’exploitation du potentiel énergétique des cours d’eau, la gestion de cette ressource semble répondre à une logique avant tout économique. Ce n’est pourtant pas une fatalité : il existe d’autres façons de faire, explique Roy Dupuis en entrevue. Cofondateur de la Fondation Rivières, le célèbre acteur revient sur son combat de longue date pour la sauvegarde des cours d’eau du Québec et propose de redéfinir notre relation avec ce patrimoine collectif.

Photographie de couverture : Christine Berthiaume
L’Itinéraire : D’où vient votre amour pour les cours d’eau ? Est-ce qu’il y a eu un élément marquant dans votre parcours, dans votre enfance peut-être?
Roy Dupuis : J’ai vécu mon enfance en Abitibi, entouré de forêts, de rivières et de lacs. On passait tout l’été dans un chalet au bord d’un lac ; un environnement presque sauvage, dans le fond. Je connais un peu mieux cet environnement que la majorité des gens qui ont grandi en ville.
C’est sûr qu’on aime plus ce que l’on connaît. On comprend plus à quel point c’est précieux. Le Québec est l’un des endroits au monde où il y a le plus de lacs et de rivières. Cela fait partie de notre identité. Pourtant, la majorité des gens n’a pas souvent accès à ces territoires-là.
On en est quand même responsable, et c’est une responsabilité importante. Pas juste pour le Québec, mais pour l’humanité au grand complet, et pour toutes les autres espèces vivantes.
L’Itinéraire : Comment s’est concrétisé votre engagement pour la sauvegarde des cours d’eau?
Roy Dupuis : J’ai toujours été attiré par la science. Avant que je ne rentre à l’École nationale de théâtre, j’étudiais en science, en physique, en chimie. Après m’être fait connaître dans Les filles de Caleb, j’ai rejoint le mouvement Adoptez une rivière grâce au photographe de plateau Michel Gauthier. L’idée était de lier des personnalités connues à une rivière sur laquelle il y avait un projet de barrage privé ou des menaces quelconques. On n’a pas eu de difficultés à trouver du monde : Paul Piché, Céline Bonnier, etc. Beaucoup d’artistes ont été associés au mouvement.
Ç’a beaucoup fait rire les Cris, d’ailleurs, quand on leur a parlé de ça. Parce qu’une rivière, c’est beaucoup plus grand que toi, puis ça va être là quand toi tu auras disparu. Donc, pour eux autres, c’était complètement illogique, farfelu, de penser qu’on pouvait adopter une rivière.
Comme ils n’ont pas le principe de propriété privée, comment peux-tu posséder une terre qui va être là après toi? Il y a quelque chose de beaucoup plus réaliste dans leur rapport à la terre, à la vie et au vivant.
L’Itinéraire : Après Adoptez une rivière, vous avez cofondé la Fondation Rivières en 2002. Pouvez-vous nous raconter la genèse de cette organisation?
Roy Dupuis : Alain Saladzius, un ingénieur en assainissement des eaux, m’a convaincu que même si on avait réussi à arrêter 36 projets de petits barrages privés, les projets étaient toujours sur la tablette et pouvaient revenir n’importe quand. Il m’a convaincu de l’importance de créer une fondation pour s’organiser contre ces menaces et ces excès-là.
C’est l’aspect scientifique d’écologie qui m’a convaincu, en parlant avec des ingénieurs, des écologistes, des scientifiques qui connaissent nos impacts sur les environnements sauvages. Étant connu, j’ai eu comme rôle d’attirer l’attention, de mettre la loupe sur des problématiques pour essayer de nourrir des solutions plus simples.
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