Début juillet, à la marina de Lévis, un équipage entièrement autochtone a participé à sa toute première régate dans le cadre de la Coupe Femina, une compétition de voile par et pour les femmes. Maële Savard, voileuse depuis l’âge de 8 ans et instigatrice du projet Voiles Autochtones, a réussi à former un équipage composé de cinq navigatrices – trois juniors et deux plus expérimentées. Au-delà de cette compétition, la skippeuse du Bleue & Blanc entend continuer à faire sa place sur le fleuve. Entrevue.

L’itinéraire : La voile est un sport qui semble, de prime abord, peu accessible. Avez-vous eu de la difficulté à recruter des participantes pour former un équipage 100 % autochtone?

Maële Savard : J’avais écrit une petite annonce dans un groupe de passionnés de voile sur Facebook, disant que je cherchais à construire une équipe 100 % féminine et autochtone pour la Coupe Femina 2026. Les gens qui sont venus vers moi étaient des femmes qui n’avaient pas beaucoup d’expérience ni de formation. Alors c’est devenu un projet. Je me suis dis que je ne voulais pas les empêcher de vivre ça. Il fallait donc coordonner leur formation, parce que les filles m’ont démontré qu’elles avaient le goût et qu’elles voulaient vivre cette expérience-là. C’est devenu une mission pour moi de porter ça plus loin et de m’assurer qu’elles connectent avec le fleuve et avec la passion de la voile.

L’itinéraire : La coupe femina est une compétition qui réunit une centaine de navigatrices de partout au Québec. Quel était votre objectif en y participant cette année?

Maële Savard : L’objectif était d’être présentes et d’ouvrir la voie à d’autres femmes autochtones pour qu’elles puissent vivre cette expérience-là. En même temps, ce qui est intéressant, c’est qu’on le vit dans un contexte de performance où on se dit : « Je suis capable, j’ai confiance en moi, je donne mon potentiel et je trouve ma place au sein d’une équipe. » Je veux qu’on soit fières de nos manœuvres. Gagner, pour nous, c’est d’avoir bien performé, dans la bonne attitude mentale, de le faire avec le sourire et la joie au cœur. C’est dans cet esprit-là que j’ai fait la compétition l’année passée et que j’avais réussi, avec mon équipe, à atteindre la première place de notre catégorie.

L’itinéraire : Comment le projet voile autochtone a-t-il été accueilli dans le milieu nautique québécois?

Maële Savard : On nous tend la main depuis le début de cette aventure-là. Ça n’a pas été long que tout s’est placé comme un grand casse-tête, où chacun des morceaux s’est présenté à moi au bon moment et s’est imbriqué. Et le petit casse-tête est devenu un grand tableau. J’ai rencontré par pur hasard, Anna Morineau, qui est instructrice pour la coopérative de l’école de voile Mercator et qui s’est littéralement proposée bénévolement pour participer à ce projet-là.

J’ai fait former trois équipières et j’avais lancé dans l’univers qu’il fallait que l’équipe soit fortifiée par une autre femme formée pour renforcer la solidité des compétences. C’est là que, alors que je donnais une conférence au Rendez-Voile de Montréal, Annie Pullen Sansfaçon s’est présentée et ça a été un match parfait. J’ai aussi réussi à créer des contacts avec un homme à Montmagny, un Innu de Essipit qui nous a prêté son voilier. On a pu se pratiquer dans l’archipel de L’Isle-aux-Grues.

Ce qui est intéressant dans le monde de la voile, c’est qu’il y a beaucoup de groupes comme Les voileux du Québec, ou dans chacune des marinas, les gens partagent parfois des invitations pour que des équipiers se joignent à eux pour une sortie. Il y a des opportunités pour ceux qui n’ont pas de voiliers. Il existe aussi l’organisme Voile communautaire fondé par Bianka Beaudry-Julien, qui est justement là pour démocratiser la voile.

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À propos de l'auteur

Maureen Jouglain

Journaliste