À Montréal, 97 % des étoiles ne sont plus visibles. Les plus jeunes générations qui grandissent en milieu urbain risquent de ne jamais connaître un véritable ciel étoilé ni apercevoir la Voie lactée depuis chez elles. Cette réalité s’étend à presque tous les grands centres du Québec, à l’exception d’une localité des Cantons-de-l’Est, qui s’est donnée pour mission de protéger la nuit.
Il est 21 h30. La Route des Sommets qui serpente entre les municipalités de La Patrie et de Stratford, dans le sud de L’Estrie, est déjà plongée dans l’obscurité. Les phares de voiture éclairent la route, tandis que les yeux s’habituent peu à peu à la noirceur, à l’affût d’un chevreuil qui pourrait surgir à tout moment. Découpé par la cime des arbres, le ciel apparaît déjà plus fourni qu’à l’habitude pour qui arrive de la ville. L’Itinéraire est en direction du parc national du Mont-Mégantic, qui du haut de ses 1 105 mètres abrite l’observatoire de recherche des Universités de Montréal et de Laval ainsi qu’un musée des sciences, l’ASTROlab. Le lendemain, on aura la chance de visiter les deux.
La tête dans les étoiles
Le secteur de l’observatoire se trouve au cœur de la Réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic, la toute première réserve de ciel étoilé au monde reconnue par l’International Dark-Sky Association (IDA). Créée en 2007, cette vaste zone protégée de la pollution lumineuse a d’abord été mise sur pied pour permettre aux astronomes de poursuivre leurs observations dans des conditions optimales, mais elle représente aujourd’hui un moteur touristique et économique pour la région en plus d’être une source de fierté pour les 33 municipalités qui en font partie, incluant la ville de Sherbrooke. L’expérience du Mont-Mégantic a d’ailleurs servi de modèle à l’élaboration des critères internationaux utilisés aujourd’hui pour désigner d’autres réserves de ciel étoilé.
« Je ne m’en lasse jamais, raconte Adrien De Alexandris, directeur général du parc national du Mont-Mégantic. Des soirs d’hiver quand je sors tard du bureau et là – je le connais pourtant le ciel – je me fais surprendre. Je me sens tellement privilégié d’avoir accès à un ciel comme celui-ci. » L’entrevue se déroule en fin de journée, à une heure où les bureaux sont déjà déserts à Montréal. Les horaires sont un peu décalés lorsqu’on travaille avec la nuit.
Depuis la pandémie, la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ), dont le parc national du Mont-Mégantic fait partie, observe un engouement grandissant pour la nature. Si bien que le réseau peine souvent à répondre à la demande. L’ASTROlab, qui fête ses 30 ans cette année, attire d’ailleurs 30 000 curieux chaque année et les activités d’astronomie tournent pratiquement à pleine capacité tout l’été. L’éclipse solaire en 2024, de même que les aurores boréales observées jusque dans le ciel de Montréal cette même année, ont également ravivé l’intérêt du public pour les phénomènes célestes. « Il y a eu un grand effet, un grand intérêt et une soif de con- naissances à laquelle on a beaucoup répondu. » Mais Adrien de Alexandris n’aime pas forcément parler « d’astrotourisme ». « L’astrotourisme évoque l’astronomie, et ça peut rebuter certaines personnes qui se disent “ah ce n’est pas pour moi”. Nous, on est dans un accueil complètement inclusif, on partage l’émerveillement. »
Quelques heures plus tard, la soirée d’observation peut commencer. Manque de chance, le mois de juillet n’est pas seulement le mois le plus chaud de l’année, il est aussi le plus orageux. Ce soir-là, le tonnerre gronde et une panne d’électricité plonge l’ASTROlab dans le noir. Heureusement, les jeunes animateurs, pour la plupart étudiants en physique ou dans un domaine scientifique, n’en sont pas à leurs premières intempéries. Les activités intérieures sont bien rodées, et certains d’entre eux scrutent le ciel en attendant la moindre éclaircie. Au cours de la soirée, on a le temps d’observer Vega, une étoile scintillante de la constellation de la Lyre. Dans la lunette bien ajustée du télescope, on l’aperçoit qui brille de mille feux avant que les nuages ne la recouvrent quelques minutes plus tard. Il est 22 h passé, la plupart des visiteurs décident de rejoindre leur logis pour la nuit. Le ciel est de toute façon accessible de partout dans ce coin du Québec.
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