On le connaît surtout comme bassiste du groupe mythique Les Cowboys Fringants ; pourtant, fin mai dernier, Jérôme Dupras a fait les manchettes pour un autre pan de sa carrière. Il a été nommé scientifique en chef du Québec et succède ainsi à Rémi Quirion qui a façonné ce poste pendant 13 ans. Alors que le Québec élira bientôt son ou sa prochain·e premier·ère ministre, quel rôle doit jouer le scientifique en chef et quels seront ses objectifs pour les cinq prochaines années?

Lorsqu’il n’était pas sous les projecteurs, Jérôme Dupras poursuivait de son côté une brillante carrière universitaire. Titulaire d’un doctorat en géographie environnementale et d’un postdoctorat en biologie, il est devenu professeur en économie écologique – une discipline qui cherche à concilier le développement économique avec les limites de la biosphère – à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Il a également été titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique ainsi que de la Chaire UNESCO en évaluation socio-économique de la biodiversité et des écosystèmes. Un CV bien rempli qui montre que la transdisciplinarité a toujours fait partie de son cheminement et qu’elle lui sera sans doute très utile dans ses nouvelles fonctions. Il a toutefois dû mettre sur pause ses activités d’enseignement et de recherche pour se consacrer entièrement à son rôle de scientifique en chef, un poste qui ne sera pas de tout repos.

Le scientifique en chef doit d’abord conseiller le gouvernement sur les enjeux scientifiques, même si celui-ci demeure libre de suivre ou non ces recommandations. Il agit aussi à titre de président-directeur général des Fonds de recherche du Québec (FRQ), qui disposent d’une enveloppe d’environ 330 millions de dollars destinée aux chercheurs et aux étudiants de la province. Tout en assurant, plus largement, un rôle d’ambassadeur de la science, ici comme à l’international.

L’Itinéraire : Vous accédez au poste de scientifique en chef avec un parcours plutôt atypique. Comment votre carrière musicale peut-elle contribuer à la façon dont on parle de science au Québec?

Jérôme Dupras : Au Québec, il y a 450 000 étudiants dans les cégeps et universités, 21 000 chercheurs universitaires et environ 48 000 chercheurs dans l’industrie, les gouvernements ou les centres de recherche. C’est une force vive de la nation québécoise. Pourtant, on fonctionne parfois en vase clos, et le grand public, les décideurs ou les entreprises ne savent pas tout le merveilleux qui est derrière. L’écosystème de la recherche au Québec transforme notre société. Si on veut développer les meilleurs talents de  demain, construire les métiers d’avenir, si on veut avoir une démocratie qui est plus saine, tout ça passe par laisser une plus grande place à la science.

Grâce à la musique et à 30 ans de carrière avec Les Cowboys Fringants, on a développé une relation privilégiée avec la population québécoise, mais aussi une bonne partie de la francophonie. Si je peux utiliser cette notoriété pour faire rayonner nos leaders scientifiques et promouvoir notre écosystème, le bilan ne sera que positif. Cela participe au dialogue social que je souhaite nourrir, qu’il s’agisse de lutter contre la désinformation ou de susciter de l’émerveillement. D’ailleurs, j’aime bien demander aux gens le lien entre l’intelligence artificielle et le stress. On me parle souvent de l’anxiété face aux nouvelles technologies. Pour moi le lien, c’est qu’il s’agit de deux découvertes québécoises. Lorsqu’on donne du temps à la recherche libre, à la recherche fondamentale et axée sur l’utilité sociale, on transforme nos sociétés et on éclaire le monde.

L’Itinéraire : Qu’est-ce qui vous a motivé à accepter ce mandat et qu’espérez-vous accomplir au cours de celui-ci ?

Jérôme Dupras : J’arrive avec un profil triple, voire quadruple. D’abord, j’ai une carrière académique complète, des bancs d’école jusqu’à la recherche universitaire. J’ai été professeur pendant 12 ans dans le réseau de l’Université du Québec, où j’ai dirigé de grands projets de recherche, ce qui m’a permis de bien comprendre les rouages du milieu scientifique. Ensuite, j’ai touché à l’entrepreneuriat scientifique en fondant une entreprise axée sur la nature. Cela m’a plongé dans l’écosystème des PME et de l’investissement, tout en gardant une lunette très science.

Sur le plan artistique, mon expérience sur scène avec la musique m’ont appris à nouer et entretenir un dialogue direct avec le public. Mais, il y a la quatrième dimension qui est très importante, et c’est que je suis père de trois jeunes enfants. Pourquoi j’ai choisi de m’investir comme scientifique en chef ? Parce que je crois que la science peut nous aider à relever nos grands défis de société. C’est notre responsabilité de laisser aux générations futures une société en santé et résiliente face aux perturbations.

Mon rêve ultime, disons au terme de mon mandat, c’est que la société québécoise comprenne mieux l’importance de la science et voit toutes les retombées qu’elle nous apporte. Lorsqu’on parle de sauver des vies avec une santé préventive, d’avoir une bonne utilisation de l’intelligence artificielle, d’avoir des jeunes qui pensent à des parcours scientifiques hors académique. C’est le dialogue social que j’ai envie de bâtir.

bannière pub abonnement magazine

Vous venez de lire un extrait d’un article du 15 septembre 2026. Pour lire le texte intégral, procurez-vous le numéro de L’Itinéraire auprès de votre camelot ou abonnez-vous au magazine numérique.

À propos de l'auteur

Maureen Jouglain

Journaliste