Instinct de survie
J’ai compris avec les années d’où provenait ce mouvement : du fin fond de nos ventres. J’ai appris dans les dernières années qui j’étais en tant qu’Innue, et qui étaient les femmes des autres Premières Nations. J’ai compris surtout que ce qui nous animait depuis 2012 était un instinct de survie. Un instinct qui nous demande d’agir, parce que quelque chose est en train de se perdre, et que la survie du peuple en dépend. J’ai appris que lorsque nous avons à coeur nos peuples et nos cultures, nous devenons des forces insurmontables. Dans les dernières années, nous avons réappris au cours d’Idle No More, que la femme autochtone est en train de reprendre son rôle traditionnel dans la société : celle de créatrice, de guide, de pilier de l’éducation. Marchant partout au pays à contre-courant dans une société aux fondements colonialistes et paternalistes, nous avançons, et nous n’avons même plus peur de l’avenir. Nous travaillons très fort à donner des visions d’avenir à nos enfants et nos jeunes, et surtout pour assurer la transmission des savoirs d’hier et d’aujourd’hui. Cette résilience, c’est celle que je souhaitais que L’Itinéraire vous montre. J’ai voulu que nous allions à la rencontre de ces femmes qui façonnent présentement la place des Premières Nations en milieu urbain. J’ai fait la connaissance de nombreuses femmes autochtones dynamiques et déterminées au cours des dernières années à Montréal. On ne parle que rarement d’elles. Avec la Commission d’enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées, qui dans la dernière année a eu plus d’attention médiatique que les femmes autochtones disparues et assassinées elles-mêmes, il est temps d’en apprendre aussi sur les femmes vivantes qui changent leur environnement au quotidien. Elles contribuent à bâtir jour après jour ce nouvel espace pour nos peuples dans la société québécoise et canadienne. Elles développent une nouvelle pensée des femmes dans le monde contemporain. Elles ont en elles certains éléments qui manquent désormais à notre société et qu’elles peuvent lui apporter : la conscience du passé et du futur, le sens du sacré, la philosophie et la connaissance de l’environnement, le mouvement de transmission des savoirs, le besoin de protection et de sauvegarde du patrimoine culturel matériel et immatériel de nos nations. Il est temps d’apprendre à connaître les femmes autochtones.Près du son des chevaux et du vent
Quand, assise sur ses genoux dans une tente de toile
Elle te nourrissait de banique, de thé
Et de syllabes
Marilyn Dumont


