Je jase avec l’un de nos camelots, tout juste à l’extérieur d’une station de métro. Quelques personnes s’arrêtent pour lui parler, d’autres lui sourient avec un poli « Bonjour ».Certains baissent le regard. Et puis quelqu’un lui lance le classique « Trouve-toi don’ une job, maudit BS ! ».
Pourquoi classique ? Parce que ça arrive trop souvent. Être camelot pour L’Itinéraire, c’est pas une job ? Puis c’est quoi, pour eux, une job ? C’est travailler dans un bureau, de neuf à cinq, pour une agence de publicité, c’est être cuisinier, une serveuse dans un restaurant ? C’est quoi ?
En fait, c’est une question difficile à répondre : pourquoi nos camelots ne sont-ils pas considérés comme des travailleurs ?
Voici ma théorie : on leur appose plusieurs étiquettes totalement déconnectées, injustifiées. Itinérant, pauvre, BS, paresseux, fraudeur, alcool, toxicomane… Bref, la liste est longue.
Personnellement, je ne comprends pas d’où proviennent ces étiquettes, et pourquoi on leur accorde une telle valeur. Une telle valeur au point d’accorder un montant dérisoire de 623 $ par mois pour ceux qui touchent une prestation d’aide sociale, même pas 50 % de la couverture des besoins essentiels selon la Mesure du panier de consommation (MPC). Une telle valeur au point de ne permettre qu’un revenu additionnel de 200 $ à la prestation, sans quoi le chèque est coupé du montant équivalent. Une telle valeur que le gouvernement a adopté, le 10 novembre dernier, la Loi 70, qui oblige les nouveaux demandeurs d’aide sociale à s’inscrire à un programme et à se soumettre à des obligations supplémentaires pour trouver un emploi convenable, sans quoi, la prestation risque d’être coupée à 399 $. Bye bye la dignité !
Je ne comprends pas comment nous pouvons, en tant que société, accepter une telle réalité. La Charte des droits et libertés de la personne au Québec affirme: « Toute personne dans le besoin a droit, pour elle et sa famille, à des mesures d’assistance financière et à des mesures sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie décent. » Sommes-nous en train d’accepter - même plus, d’encourager u2014 l’atteinte à nos droits et libertés fondamentales ? Ça empire, et on l’accepte ?
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