Deux jours après sa prise de fonction officielle, le nouveau gouvernement du Québec annonce le déblocage d’un fond d’urgence de 28 millions de dollars pour permettre aux personnes en situation d’itinérance d’un peu partout au Québec de ne pas passer l’hiver dehors.

Un « bon premier pas » applaudi entre autres par Ruba Ghazal, porte-parole et cheffe parlementaire de Québec solidaire, par voie de communiqué.

Cette annonce (toute une synchronicité!) intervient le lendemain de la diffusion du reportage d’Enquête : Portes à tout prix. L’épisode dénonce l’immoralité décomplexée de certains investisseurs immobiliers qui mettent à risque d’itinérance des personnes déjà fragilisées, sans scrupule. Mise sous pression des locataires, profilage de personnes vulnérables, sont quelques-unes des pires stratégies mises en lumière dans ce reportage.

« Pourquoi le gouvernement laisse faire ça? » demande une locataire interviewée par l’équipe d’Enquête. « Faut le dénoncer, mais est-ce qu’il va y avoir une réponse politique? » demande quant à lui Renaud Goyer, sociologue du logement.

Où sont nos priorités?

Agir pour freiner la spéculation immobilière. C’est exactement ce qu’a demandé Ruba Ghazal au nouveau gouvernement du Québec, en réaction à ce même reportage. La politicienne, choquée comme l’ont été des milliers d’autres Québécois·e·s, par les dires des spéculateurs de l’émission, réclame une législation plus préventive et protectrice du droit des locataires : contrôle des loyers, imposition à 100 % des gains en capital des propriétaires non occupants, renouvellement du moratoire sur les évictions en mai 2027, etc.

C’est cette même politicienne socialement engagée (et c’est là que la Terre semble tourner à l’envers) qui, à peine assermentée, fait l’objet d’une pétition pour sa démission après avoir brandi le châle que portait la députée Manon Massé autour du cou, lors de son assermentation. Un keffieh, objet – culturel – utilisé traditionnellement pour se protéger du vent, du soleil, de la poussière dans les pays du Levant. Et oui, en 2026, symbole de soutien à la population palestinienne qui subit des politiques d’extermination et génocidaire reconnues par une commission d’enquête indépendante de l’ONU.

La consternation face à ce geste posé par une cheffe parlementaire qui défend ses peuples d’origine et d’accueil semble prioritaire pour 105 000 signataires de la pétition pour sa démission (pétition contrée par 56 000 autres personnes (au moment d’écrire ces lignes) face à son engagement pour le Québec.

Ne serait-il pas temps d’interroger nos priorités?

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À propos de l'auteur

Karine Bénézet

Rédactrice en chef