Dans la cuisine de L’Itinéraire, les camelots Agathe, Gabriel et Anne-Marie ont reçu le chef cuisinier et animateur Ricardo Larrivée ainsi que son complice de La Tablée des Chefs, Jean‑François Archambault.
Autour de l’îlot en acier inoxydable, les camelots ont pigé tour à tour des questions placées au fond d’une tasse à mesurer. Elles portaient tantôt sur les déserts alimentaires, le rôle des écoles et des proches dans l’éducation au goût, tantôt sur le plaisir face à la nécessité de manger et sur la pression de « bien manger ».
Anne-Marie Wiseman
camelot Théâtre Saint-Denis et épicerie Valmont Mont-Royal / Fabre
Selon l’Observatoire des inégalités, les jeunes de moins de 18 ans représentent 27 % des personnes en situation d’insécurité alimentaire. Ils sont plus de 55 000 enfants au Québec, en 2023, à ne pas manger à leur faim. Si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous?
Ricardo : C’est à l’école qu’il faut faire une différence. Non seulement en nourrissant les jeunes, mais en les éduquant. Dans mes rêves, on ne ferait pas juste leur donner un déjeuner quand ils arrivent à l’école. Ils auraient des aliments sur une table, ils se feraient leurs toasts, leur bol de céréales… Et ils le feraient en communauté, en apprenant à se parler et à décompresser de la maison. Ils pourraient terminer leur bol de céréales quand les cours de math ou de français commencent. Ça, je pense que ça changerait tout, tout, tout. Ça se fait dans quelques écoles alternatives ou dans d’autres écoles en milieux défavorisés, mais la majorité des jeunes sont entre les deux. On fait quoi pour la grande majorité des enfants?
Jean-François : Ça prendrait plusieurs coups de baguette magique! Premièrement, il faut avoir l’accès financier pour bien manger. Après, il y a l’accès physique. En ville, tu peux vivre dans un désert alimentaire sans épicerie à proximité à pied.
Puis après, qu’est-ce qu’on t’a légué comme connaissances et compétences culinaires pour être capable de te débrouiller avec un budget serré?
Avec la Tablée des chefs, on offre des brigades culinaires, qui sont des groupes de jeunes qui suivent des ateliers culinaires tout au long de leur année scolaire. On est dans 275 écoles au Québec, mais il n’y a pas assez d’écoles primaires qui mettent de l’avant l’alimentation comme une des priorités. Les centres de services scolaires et le ministère de l’Éducation devraient prioriser des initiatives dès le préscolaire et en continuité tout au long du cursus scolaire de l’enfant.
Gabriel Lavoie
participant photojournaliste et camelot épicerie Metro, chemin de Chambly, Longueuil
L’équipement de cuisine peut coûter très cher. Certains ont seulement une poêle, un petit chaudron, une assiette, un verre. Quels instruments de base sont nécessaires ? Comment pallier le manque d’équipement?
Ricardo : C’est étonnant, mais sur Marketplace, il y a beaucoup d’affaires usagées à vendre, voire à donner. On n’a pas besoin de 40 000 patentes. Une bonne casserole, tu peux l’avoir toute ta vie. Un couteau usagé, tu peux le faire affûter. Un chaudron avec un bon fond, une planche à découper, une tasse à mesurer. Pas besoin d’être neuf, ça ne change rien. Une tasse, ça reste une tasse. Je vends 150 accessoires de cuisine. Sont-ils tous nécessaires? Clairement pas.
Jean-François : Une cuillère en bois, qu’elle vienne du magasin à un dollar ou d’un magasin haut de gamme, c’est une cuillère en bois. Je pense qu’au minimum, ça prend un élément de cuisson. Pour une cinquantaine de dollars, tu peux avoir un serpentin, qui est un genre de rond de camping. Il faut au moins avoir une source de chaleur pour faire une soupe, une sauce, faire cuire des pâtes.
Agathe Melançon
camelot métro Lionel-Groulx
Avez-vous des projets en lien avec l’alimentation qui s’en viennent?
Jean-François : On continue la lutte contre le gaspillage alimentaire dans le milieu de la restauration et des services alimentaires pour donner plus d’accès à des aliments qui sont parfaitement comestibles et de bonne qualité. Ces aliments sont cuisinés par des chefs, et des équipes de cuisine partout à travers le Québec, sans quoi cette nourriture-là se retrouverait aux poubelles.
Dans le cadre de notre programme Soupes populaires, on remet des soupes protéinées, végétales, avec des lentilles, dans les écoles primaires. Ce sont des soupes dans des chaudières de 2,5 litres qui peuvent aussi être données aux familles pour ramener à la maison. On a commencé dans cinq écoles en Montérégie et on est rendu dans 96 écoles. On rejoint 22 000 jeunes avec ce projet. On évalue que 400 écoles auraient besoin de ce programme pour vaincre l’insécurité alimentaire en milieu scolaire.
Ricardo : On invente 400 recettes par année. On garde toujours en tête le coût et le nombre de portions des recettes proposées. Le type de protéines abordables change. Maintenant, même le tofu peut être cher. Et il faut inventer beaucoup de bonnes recettes pour qu’il y ait un choix pour bien manger au quotidien.
Vous venez de lire un extrait du dossier du 1er juin 2026. Pour lire le texte intégral, procurez-vous le numéro de L’Itinéraire auprès de votre camelot ou abonnez-vous au magazine numérique.



