Don Quichotte se lève un matin lassé du monde terne et fade dans lequel il vit. Nourri par les romans de chevalerie, il rêve d’aventures, de combats contre l’injustice et de défense des opprimés. Il enfourche alors un vieux cheval tel un fidèle destrier et s’élance sur les routes d’Espagne, convaincu que rien ne pourra l’arrêter dans sa quête d’idéal, pas même la raison.
Existe-t-il un lien entre le héros tragicomique imaginé par Miguel de Cervantès et la grève du réseau communautaire? Selon le sociologue Guillaume Ouellet, plus qu’on ne pourrait le croire.
Refuser le désenchantement du monde
« Les politiques sociales, le discours gouvernemental et les réseaux sociaux nous enferment dans ce que j’appelle la salle d’attente de la fin du monde », observe le chercheur au Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS). Crise climatique, crise sociale, crise économique… à force d’être martelés, ces discours créent une vision dystopique du présent qui, selon lui, prive les individus de leur pouvoir d’agir et alimente un sentiment de fatalisme. « On est vraiment là, à se faire dire que tout s’écroule et que l’on ne peut rien y faire. »
Comment, alors, sortir de cette inertie collective ? Par l’indignation, croit-il. « La grève du communautaire qui s’en vient est ce cri d’indignation je pense. Il faut l’entendre : ce qu’on produit collectivement n’a pas de sens, ça ne va pas du tout. » Se révolter, précise-t-il, c’est d’abord refuser l’absurde. À l’image de Don Quichotte, qui, face à un monde appauvri de sens, choisit une voie plus lumineuse, quitte à passer pour fou.
« Si on poussait collectivement à faire comme Don Quichotte, qu’est-ce qui se passerait ? »
– Guillaume Ouellet
La bienveillance radicale
C’est donc en puisant dans la littérature que Guillaume Ouellet en est venu au concept de bienveillance radicale. « C’est un oxymore, évidemment », reconnaît-il. Et c’est précisément ce paradoxe qui lui a plu. « Quand on met ces deux mots ensemble, quelque chose d’intéressant se passe. On ne peut plus s’échapper devant le sens du mot bienveillance. Ça nous met en action. »
Lorsqu’un drame survient dans les services publics, le réflexe est souvent de chercher un responsable. « On traite ces situations comme des dérapages exceptionnels du système. Or, ma carrière, depuis 20 ans, consiste justement à montrer que ce n’est pas anecdotique. Nos façons de faire produisent de la violence et des inégalités. »
C’est là qu’entre en jeu la bienveillance radicale, une posture qui s’inscrit à la fois dans la révolte et la résistance, face à une bureaucratie qui multiplie les barrières à l’accès aux services et aux droits. C’est de se demander « est-ce qu’on est satisfait de la manière dont on traite les personnes vulnérables ? J’aimerais arriver avec cette invitation à changer le narratif. »
Vous venez de lire un extrait d’article de l’édition du 15 mars 2026.





