À chaque fois que j’évoque le 20e arrondissement, je vois des sourires sur le visage de ceux qui m’écoutent.
Le 20e, c’est ce groupe dont nous avons soutenu la constitution à la Ville de Montréal pour être à l’écoute des citoyens non logés. Il est formé d’Alex, Gilbert, Francis, Valérie, France et Steve. Ces personnes ont en commun de connaître la rue dans tous ces travers. Ce sont des humains extraordinaires, chacun portant leur vécu avec courage malgré l’incertitude constante qui les habite.
Depuis janvier, nous nous réunissons chaque mois pour discuter de leurs préoccupations, leurs aspirations et de leurs demandes pour tenter d’améliorer leur sort.
« C’est pour aider nos prochains, indique Gilbert. On veut montrer qu’on est du monde normal, des citoyens comme tout le monde. J’aimerais qu’on invite un jour des citoyens (logés) pour qu’ils voient réellement comment c’est. »
Ce sont eux qui ont trouvé le nom brillant du groupe, en référence aux 19 arrondissements de la métropole. Un clin d’œil, voire un hommage, à tous ceux qui habitent la ville sans y avoir de toit.
Ces sourires quand j’évoque le 20e arrondissement, je les perçois aussi auprès de mes collègues partout à la Ville. C’est comme si cela évoquait chez eux une soif de créer des liens significatifs. Et déjà, le comité a reçu plusieurs demandes en provenance de la Ville pour donner son avis sur une multitude de questions qui touchent leur quotidien.
« Je suis content de participer pour faire entendre ma voix. Ça fait un an que je suis sans-abri, nous dit Steve qui fêtait ses 49 ans en mai. Il faut mettre les priorités à la bonne place. Il y a certaines personnes qui ne sont pas plus capables de vivre dans une tente que dans un logement. Ils ont besoin d’aide. »
Vous seriez étonnés de la complicité et de la solidarité qui habite ce groupe. Leurs idées quant à l’amélioration de leur quotidien sont claires, précises et franchement intéressantes. Nous en avons déjà relayé quelques-unes à différents décideurs à la Ville, et celles-ci sont très bien accueillies. Tous les membres du groupe ont même visité l’Hôtel de Ville en avril dernier. « La meilleure rencontre de ma semaine! », de lancer Benoît Langevin, élu responsable de la cohabitation sociale et du développement social au Comité exécutif.
« On a beau en parler entre usagers, ça ne mène à rien. Je le fais pour le monde que j’ai perdu. On vit des choses qu’on n’est pas censés vivre », évoque de manière poignante Alex, un jeune de 26 ans qui en a vu de toutes les couleurs.
Francis, lui, nous raconte toutes ces fois où il tente de faire changer les choses dans la manière dont les services sont rendus aux citoyens non logés. « On est dans la bonne direction, dit-il. J’ai insisté souvent, et ça a fonctionné! »
Tout cela ne serait évidemment pas possible sans l’apport de l’organisme Dopamine et de l’essentielle Marie-Michèle, travailleuse de rue, qui coordonne les activités du comité. De belles choses sont à venir.
Avec le Comité du 20e arrondissement, nous souhaitons prouver que nous gagnons tous à faire entendre la voix des personnes non logées. Parce que la participation citoyenne, les liens de confiance et le contact humain sont les piliers de la lutte à l’itinérance.
Cette chronique est tirée du magazine du 1er juin 2026. Pour lire l’édition intégrale, procurez-vous le numéro de L’Itinéraire auprès de votre camelot ou abonnez-vous au magazine numérique.



