Ma première aventure avec le sevrage a commencé jeune, alors que j’avais juste 3 mois. Ma mère consommait de l’héroïne et, un soir, des personnes m’ont trouvée à 3 h du matin dans un bar avec elle. J’étais intoxiquée parce qu’elle me nourrissait au sein et il y avait de la drogue dans son lait.
12 ans
J’ai commencé à consommer à l’âge de 12 ans. À l’école, je me tenais avec une gang et, pour en faire partie, je me suis mise à fumer des joints. Ç’a commencé à mal aller à l’école.
13 ans
Une fois par semaine, on se réunissait chez des amis pour faire des partys. C’est comme ça que j’ai commencé à boire de la bière. Ma mère n’était pas assez sévère. Je faisais ce que je voulais. Quand elle refusait quelque chose, je demandais à mon père. Il disait souvent oui. J’étais toujours pognée entre les deux. J’avais 13 ans, je buvais au moins un six packs par semaine et je fumais souvent du pot.
Ma mère disait que je coûtais cher. Alors, j’ai commencé à travailler dans la récolte de concombres, l’été, pour payer mon école et mon linge. Elle avait une compagnie de couture en bas de chez-nous. Quand j’arrivais de l’école, ce n’était pas mes devoirs que je faisais, mais j’allais travailler en bas pour l’aider. Je faisais des manteaux d’hiver. Ma mère me disait qu’elle me payerait, mais je n’ai jamais eu une criss de cenne.
J’ai aussi reçu un héritage de mon grand-père de 1000 $. Je n’ai jamais vu la couleur de cet argent. Quand j’arrivais de l’école, ma mère dormait toujours. C’est moi qui faisais le souper. Je faisais la vaisselle et tout le ménage de la maison.
15 ans
À 15 ans, j’ai demandé à être placée en famille d’accueil. J’étais à Saint-Alphonse-de-Rodriguez, assez loin pour ne plus parler à ma mère. J’ai commencé à sortir dans les bars tous les soirs et à consommer des drogues dures, comme de la cocaïne. Je vendais de la drogue pour que ça me coûte moins cher.
16 ans
J’ai fait ma première thérapie de six mois au Pavillon de l’Assuétude, à Shawinigan. Je revenais chez nous la fin de semaine. Ça se passait bien. Je n’ai pas consommé pendant deux ans, j’avais une belle vie. J’étais mannequin et je travaillais dans une garderie à Joliette. Je faisais du meeting et du bénévolat dans la maison de thérapie. Je donnais la médication et je faisais de l’écoute active. J’aimais beaucoup ça, mais j’avais toujours gardé contact avec des amis dans le monde de la drogue.
17 ans
De mes 17 ans à mes 19 ans, je ne consommais qu’une fois par semaine et je sortais dans les bars. Je ne consommais plus beaucoup de drogue, mais je buvais.
À 19 ans, je me suis fait un chum et j’ai décidé de déménager avec lui. Je me suis trouvé un autre travail dans une garderie. À un moment donné, je me suis aperçue que mon chum prenait de la drogue en cachette. Il était tout le temps chaud quand je rentrais chez nous. Il était agressif. J’ai mangé des volées pour rien. Une fois, dans un bar, il m’a offert de la cocaïne. Je buvais tous les soirs et j’ai recommencé, toutes les fins de semaine, à prendre de la coke. J’étais dans une relation toxique et je vivais de la violence conjugale.
Jusqu’à aujourd’hui
Je me suis retrouvée à la rue. J’ai été dans une maison pour femmes battues. J’ai perdu ma fille à cause de ma consommation et parce que je n’avais pas d’appartement pour l’accueillir. J’ai rencontré un pasteur qui m’a hébergée. J’allais dans des assemblées chrétiennes et je ne consommais plus. Je suis tombée enceinte de ma deuxième fille. Je faisais du bénévolat dans une maison de thérapie. Je me suis retrouvée un logement, mais ma vie a encore dégringolé. Je suis retombée pendant six ans. Je n’allais pas bien.
Je suis retournée en thérapie et j’ai eu l’aide du Chaînon. Ils m’ont donné une chambre supervisée et je me suis sortie de la rue. J’ai tassé tout le monde et recommencé ma vie à zéro.
Avec l’aide des intervenants, je suis actuellement en thérapie au centre Dollard-Cormier, en externe. Je fais toujours du meeting et je vais dans des assemblées chrétiennes. Depuis cinq mois, par la grâce de Dieu et par ma volonté, je ne consomme plus.
Vous venez de lire un article de l’édition du 1er mars 2026.





