Dans le documentaire immersif Rêveries d’un routier solitaire, présenté à la Société des arts technologiques, le regretté Serge Bouchard évoque son rapport à la route et au monde à travers des archives sonores tirées de ses interventions à Radio-Canada. L’occasion pour moi de replonger dans mes propres souvenirs de camionneur, quarante ans plus tôt, à l’époque où je passais de longues heures sur la route à transporter toutes sortes de marchandises.
Liberté avec un grand L
Voir le documentaire sur Serge Bouchard m’a replongé dans mes souvenirs de routier. J’avais 23 ou 24 ans. J’étais helper dans ce temps-là pour une compagnie de transport. À un moment donné, il manquait un chauffeur, donc ils m’ont donné les clés et m’ont dit : « Tiens ! chauffe le camion. » C’était un cinq tonnes, 10 vitesses. J’ai appris à reculer, regarder dans les miroirs, faire les angles morts. Tout cela s’est fait sur le tas !
J’aimais ça, c’était la liberté à ce moment de ma vie. Faut que t’arrives à l’heure, mais à part ça t’es libre. Tu sais souvent quand tu commences mais jamais quand tu finis. T’as pas de boss, tant que tu fais tes livraisons tu ne te fais pas reprendre, t’es seul sur la highway. Pour me réveiller, je mettais du rock, je chantais. Dans le temps, les règles n’étaient pas les mêmes, nous n’avions pas un cellulaire entre les mains, nous avions juste un volant.
Dans le film, Serge Bouchard a un maudit beau truck, un camion Mack 1958 rouge modèle B ! J’ai chauffé des Ford, des Hino, des Kenwood, mais jamais un beau camion de cette marque-là. Il y avait de beaux modèles dans ce temps-là. Ça sentait le gaz dans le truck, ça sentait le diesel. Aujourd’hui, ils sont mieux équipés et plus écologiques.
J’ai aimé les paysages du documentaire. Moi j’aimais bien Montréal-Vancouver comme parcours, parce que tu passes à travers les montagnes, tu vois les pics blancs. La nature est belle.
Et là, des fois, tu vois un chevreuil ou un orignal qui passe devant. Puis, quand arrive la nuit, c’est calme, tu te pognes une petite route de campagne. Pis là, t’arrêtes ton truck, t’es fatigué, t’as faim, tu sors dehors et pis t’as le ciel étoilé…c’est fucké. Aucune pollution lumineuse, on peut observer les étoiles de notre voie lactée. On est une si petite planète dans un si grand univers. Puis t’entends rien à part une auto, une fois de temps en temps. C’était comme ça, avant.
Serge Bouchard, je le comprends d’avoir écrit sur ça, son témoignage m’a replongé dans mes souvenirs d’un des plus beaux métiers.
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