C’était le mercredi 11 mars dernier. Ce matin-là, une grande partie du sud du Québec était sur le qui-vive face à l’annonce d’une précipitation majeure de pluie verglaçante. Écoles, bureaux, commerces avaient décidé de fermer. L’Itinéraire aussi. Pourtant, la tempête qui a mis tout le monde en alerte ne s’est pas matérialisée comme prévu.
Réunis peu de temps après au Café Monsieur Paul, les camelots en avaient long à dire sur cette fausse alerte qui a fermé la distribution du magazine et a ralenti leurs ventes.
« Prévenir plutôt que guérir ? » disaient les uns. « Les alertes de MétéoMédia, un appât à clics ? Un climat de peur payant pour eux ? Pour le gouvernement ? Pour qui ? », rétorquaient les autres. Bref. Sans aller plus loin, nous nous sommes rendus à un jet de pierre de L’Itinéraire, directement dans les locaux de
MétéoMédia, pour aller poser nos questions.
« Premièrement, on ne peut pas dire que la tempête de verglas du 11 mars n’est pas arrivée », corrige d’entrée de jeu Patrick de Bellefeuille, à l’antenne de MétéoMédia depuis 38 ans et expert en matière de changement climatique et de météo extrême. Si les Québécois·e·s s’attendaient à une potentielle tempête historique rappelant le traumatisme collectif de l’hiver 1998, beaucoup moins de pluie verglaçante s’est accumulée au sol. « C’est quand même 54 000 foyers qui ont été privés d’électricité », rappelle-t-il.
André Monette, son collègue prévisionniste et chef d’équipe des météorologues, explique que les alertes
météo émises sur leur plateforme découlent avant tout des avertissements d’Environnement Canada,
seule entité autorisée à en émettre.
D’ailleurs, depuis l’automne dernier, le service gouvernemental a changé ses méthodes d’avertissements. Il utilise maintenant un code de couleur – jaune, orange et rouge – pour catégoriser le niveau de danger.
« Avant, si c’était une tempête de verglas, on lisait seulement “Avertissement de verglas”, dit le météorologue. Le 11 mars dernier, c’était un code orange. Les modèles météo prévoyaient de 20 à 40 mm, même 50 mm de verglas! Par contre, une prévision de verglas, c’est hyper complexe. C’est le phénomène météo le plus difficile à prévoir. C’est une goutte de pluie qui se change en grésil ou qui gèle au sol. Un léger changement de température peut tout changer. »
Panique et désinformation
En plus d’analyser et d’interpréter les systèmes météo, André Monette et ses collègues écrivent des articles de vulgarisation scientifique sur MétéoMédia et sur The Weather Network, son pendant anglophone situé à Oakville, en Ontario. Malgré l’effort mis à expliquer scientifiquement les phénomènes météo, certains climatosceptiques ont une trop grande portée sur les réseaux sociaux, croit M. Monette : « Certains vont toujours chialer et souvent ils ont autant d’attention, sinon plus, que nous. Nous, on est dans l’explication basée sur des faits, et oui, il vaut mieux prévenir que guérir quand on voit une tempête arriver. En plus des réseaux sociaux, il y a malheureusement d’autres médias qui vont prendre un ton apocalyptique. »
Les conséquences des accumulations se sont plutôt fait sentir en fin d’après-midi et en début de soi-
rée, comme l’avertissement le mentionnait. Or, vers midi ce jour-là, les plaintes d’une fausse alerte commençaient déjà à se faire entendre. « On a tout fermé la veille du verglas en pensant qu’à 7 h le matin, ce serait la grande crise. Mais le verglas, ça prend du temps avant que les conséquences n’arrivent. Ce n’est pas comme l’orage et le tonnerre. Je me souviens du maire de Québec, Bruno Marchand, qui est lui-même sorti dans les médias en fin de matinée pour dire que c’était moins intense que prévu à Québec, alors qu’on était encore en période d’attente », déplore André Monette.
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