Une histoire « grosse de même »

Par une fin d’avant-midi de juillet 1996 où je me promenais sur le boulevard Saint-Laurent, voilà que je croise-tu pas mon chanteur préféré : Sting. On le savait à Montréal pour sa tournée Mercury Falling. Par hasard, il me demande si je sais où se trouve le Montreal Pool Room. Je lui propose de me suivre, pour lui montrer où il se trouve. Je lui dis que c’est la meilleure place en ville et que toutes les célébrités s’arrêtent là. Imaginez ma surprise quand il m’a offert alors de l’accompagner pour manger un hot-dog. J’accepte sans hésitation. Il y avait pas mal de monde qui nous regardait avec des airs étonnés. Ç’a créé toute une ambiance dans le resto. Il saluait tout le monde, moi ça me gênait un peu au début, mais j’ai fini par me ressaisir.

Toujours est-il qu’au cours de la conversation qui se faisait en mode bilingue, parce qu’il parle pas mal bien le français, je lui dis qu’il était mon chanteur préféré. Il était bien flatté de tout ça et m’a offert une paire de billets. On sentait que ça lui faisait plaisir. Je pense alors à mon amie A. qui vivait dans la rue. Elle aussi aimait beaucoup Sting. Alors c’est elle qui allait m’accompagner. J’étais sûr qu’on allait passer du bon temps parce que c’est toujours plaisant en sa compagnie.

Au moment où on sort du restaurant, il m’invite à monter dans sa limousine. Il me présente son chauffeur et son garde du corps et on se dirige vers le Centre Molson pour que je récupère les billets. Ils allaient se préparer pour un soundcheck quand il m’est venu l’idée de lui demander d’y assister. Il y a des fois où je me remercie d’avoir du culot. Il a accepté. J’en profite pour lui dire que je fais partie de la chorale de l’Accueil Bonneau (à cette époque). Il a alors pris sa guitare et nous avons chanté ensemble : Quand les hommes vivront d’amour, chanson qu’il connaissait par cœur. Je me suis ensuite dépêché d’aller me choisir un kit vestimentaire propre à l’Accueil Bonneau. Un jean et une chemise blanche.

La chance a fait que le barbier s’y trouvait. J’en ai profité. En tout cas, en sortant de là je me suis trouvé pas mal beau. Mon amie A. et moi, on s’est donné rendez-vous à la porte du Centre Molson. Elle avait fait comme moi, elle s’était mise sur son 36. Il y avait tellement de monde.

Nos billets se trouvaient au parterre, ce qui fait qu’on voyait les artistes de près. J’ai aussi été très content de découvrir la chanteuse Sarah McLachlan, artiste de Vancouver, qui faisait la première partie. C’était la première fois que je l’entendais et je l’ai trouvée vraiment bonne et belle en plus. C’était du gros bonheur de voir Sting en personne interpréter ses plus belles chansons, les nouvelles et celles du groupe The Police : Roxanne, Englishman in New York, Message in a Bottle

On est allés dans les loges après le show et on lui a dit à quel point on était heureux d’avoir assisté à ce merveilleux concert. Mon amie a été impressionnée de voir comment Sting et tout le monde qui se trouvait là l’accueillaient avec autant de chaleur. Elle disait que c’était une chance qu’elle n’aurait jamais eue de sa vie, tout ça grâce à un hasard. Elle, une simple itinérante, avait l’impression de recevoir une batterie d’énergie. Elle est restée longtemps sur ce high. Encore longtemps après cette aventure, quand on se voit elle et moi, on se remémore ce beau moment. C’est comme ça quand t’es dans la rue et que tu n’as pas les moyens de te payer des loisirs, et surtout, pas ceux d’aller voir des shows.

Je suis content que ça me soit arrivé, je n’en reviendrai jamais.

Tout ça grâce à un hot-dog.

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