Un mois après les Jeux paralympiques qui ont mis une fois de plus en lumière les prouesses sportives de personnes en situation de handicap physique, L’Itinéraire a visité L’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal dans lequel se développent, au sein du Centre de recherche spécialisé en réadaptation de l’Institut, toutes sortes de technologies et de pratiques bien gardées, qui pourraient, un jour, faire partie du quotidien de patients, partout à travers la province.
L’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal est un lieu à plusieurs vocations, au cœur de Côte-des-Neiges. En franchissant les portes de l’institut, on foule d’abord la partie clinique, mais plus haut dans les étages, le décor change et devient le terrain du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain (CRIR). L’Itinéraire a pris la direction du quatrième étage où se cache un véritable laboratoire vivant, entre soins et innovations technologiques.
Visite d’un laboratoire vivant
Installé sur un exerciseur robotisé, Sylvain travaille la force de ses bras. Invisibles à l’œil nu, des capteurs ultrasensibles sont intégrés aux manettes qu’il tient entre ses mains et enregistrent tout un tas de données à chaque mouvement. Devant lui, un écran transforme l’effort en défi ludique. « C’est bon pour l’engagement », souligne Marika Demers, chercheuse en réadaptation et ergothérapeute, qui l’accompagne dans son entraînement ce jour-là. À quelques pas, un opérateur ajuste en temps réel la résistance de l’appareil depuis une console, modulant l’intensité selon les objectifs cliniques du patient, son niveau de fatigue et la façon dont il se sent ce jour-là. On ne le devinerait pas au premier regard, mais cet exerciseur est unique en son genre au Québec et une petite révolution dans le monde de la réadaptation.
Le parc technologique
Sylvain fait partie des quelque 200 patients qui ont déjà bénéficié des nouvelles technologies déployées dans ce laboratoire vivant depuis son lancement. Tous participent au programme ENSEMBLE mené à l’Institut universitaire sur la réadaptation en déficience physique à Montréal (IURDPM), qui a accueilli ses premiers patients en avril 2024 et célèbre déjà ses deux ans d’existence.
Pour le moment, quatre technologies sont proposées aux usagers : un exerciseur, un vélo intelligent, un tapis roulant à double courroie et des jeux sérieux. « Là, on est allé avec ce qui est disponible et suffisamment mature pour qu’on puisse l’implanter, mais l’objectif, d’ici la fin du programme, serait d’en avoir 10 », précise Marika Demers, également l’une des deux chercheuses principales du programme, au côté de sa collègue Dahlia Kairy.
Lancé en 2023 avec le soutien financier de la Lakeland Regional Health’s Fondation (LRH), ENSEMBLE a pour mission de rapprocher la recherche du quotidien des personnes en réadaptation. L’un de ses piliers est justement ce parc technologique, où différentes innovations sont intégrées directement aux soins, plutôt que testées uniquement en laboratoire, comme souvent en recherche. Au total, une dizaine de chercheurs côtoient cliniciens, usagers, programmeurs et gestionnaires.
« Notre idée, c’est de rendre ces technologies accessibles directement aux usagers, toutes clientèles confondues. D’habitude, on développe une technologie et elle reste à l’étape de l’essai. Ici, on voulait que tout le monde puisse y avoir accès, et voir qui peut réellement en bénéficier », explique Dahlia Kairy.
« Dans nos projets de recherche, on est souvent très ciblés. On ne sait pas toujours si une technologie pourrait être pertinente pour quelqu’un qui a une autre pathologie ou d’autres déficiences. Là, on peut l’observer concrètement », poursuit-elle. Les patients suivent d’abord un parcours clinique avant d’être sélectionnés pour intégrer le parc technologique. Certains participent ensuite aux séances en parallèle de leur réadaptation habituelle.
Vous venez de lire un extrait de l’édition du 15 avril 2026.





