« Le cœur ne vaut pas mieux que les pieds, on doit lui piler dessus pour aller de l’avant… » C’est ainsi que débute Traumathys, le sixième roman de David Goudreault dans lequel se retrouve toute sa verve poétique. À quelques jours du lancement, qui a eu lieu le 5 août, l’écrivain s’est confié à L’Itinéraire sur cet ouvrage qu’il estime être le plus abouti de son parcours. Un roman pour faire œuvre utile, alors que les réalités qui l’habitent – la pauvreté, l’itinérance, la toxicomanie – sont criantes d’actualité.

Attablé à une terrasse du café du Vieux-Longueuil au terme d’une journée d’entrevues, David Goudreault affiche une belle sérénité. « Je sais que j’ai écrit le meilleur roman possible à ce moment-ci de ma vie », souffle-t-il.

Campé dans un Montréal familier, Traumathys fait basculer les lecteurs de l’autre côté de la rue à travers les pérégrinations de Mathys, un jeune homme vivant avec la schizophrénie. Fidèle à ses thèmes de prédilection, l’auteur y dépeint une galerie de personnages hauts en couleurs et met en lumière une réalité complexe et nuancée de l’itinérance. Quatre années de recherches, de terrain et d’écriture auront été nécessaires pour arriver au bout de ce projet.

« Ma grande peur, c’était d’écrire un livre de travailleur social », confie-t-il, lui-même membre de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec et fort de plusieurs années d’expérience auprès de personnes à risque de suicide. Après avoir exploré les thèmes de la marginalité et de la précarité dans sa célèbre trilogie La bête, il révèle avoir senti le besoin d’aller plus loin. « Je voulais donner un portrait, non pas complet, mais le plus près du réel. Et que les gens repartent un peu informés et surtout sensibilisés. »

L’importance des liens

« L’idée, c’était de montrer que les gens dans la rue ont tous des histoires différentes, qu’il y a plein de chemins qui mènent à cette précarité extrême. » Dans la vie comme dans ses œuvres, David Goudreault accorde une place centrale aux relations humaines : « L’amour et l’amitié demeurent des besoins de base, même chez les personnes les plus démunies. »

Sur le terrain, il a pu constater que la présence des organismes communautaires apporte un réconfort crucial aux personnes en situation d’itinérance. « Les gens ne fréquentent pas les organismes uniquement pour manger et dormir : c’est aussi pour voir du monde, créer du lien et se sentir en sécurité. La rue est d’une extrême violence, mais la solidarité permet de l’atténuer, jusqu’à un certain point. »

Cette quête de reconnexion s’incarne également à travers la relation entre Mathys et Favreau, un vieux toxicomane. « Je trouvais qu’on manquait de belles histoires d’amitié entre hommes en littérature actuellement, constate-t-il. Je voulais mettre en scène des personnages lumineux. »

Vous venez de lire un extrait du dossier du magazine du 15 septembre 2026. Pour lire l’édition intégrale, procurez-vous le numéro de L’Itinéraire auprès de votre camelot ou abonnez-vous au magazine numérique.

À propos de l'auteur

Maureen Jouglain

Journaliste