Jamais l’itinérance n’a occupé une place aussi centrale dans l’espace médiatique. Autrefois traitée comme un problème indépendant du reste de la société, devant lequel passer sans trop regarder, elle est aujourd’hui omniprésente et impossible à ignorer.

Mais, rapporter ces réalités sans les altérer demeure un exercice délicat. Jusqu’à récemment, la couverture du phénomène s’attardait surtout aux paroles de ceux qui lèvent la main pour se faire entendre. Rarement, les personnes en situation d’itinérance se joignent à ce lot d’interlocuteurs récurrents. On ne pourrait blâmer un manque de volonté de plusieurs bons journalistes ; on ne photographie pas une halte-chaleur ou un campement sans savoir si l’apparition publique de l’un des occupants ne pourrait pas lui nuire.

L’effort est là. Les médias généralistes ont troqué les quelques lignes des faits divers contre des formats longs pour parler des réalités de l’itinérance. Ils les décortiquent, les expliquent, en vulgarisent la complexité.

De la récession aux médias de rue

Défaillance des systèmes de protection, désinstitutionnalisation des soins psychiatriques, crises immobilières, chômage, réformes fiscales, politique du déficit zéro… au Québec, en décembre 1992, 15 % du million de Montréalais dépendaient de l’aide de l’État pour subvenir à leurs besoins. Les communautés se transforment alors en véritables « soins palliatifs » pour les victimes de la récession. C’est dans ce contexte que les médias de rue émergent, en réponse aux ravages d’une crise socioéconomique profonde. L’itinérance devient un enjeu politique majeur et stimule l’apparition – puis la structuration – d’un tissu communautaire fort et de réseaux d’information qui veulent raconter l’histoire des personnes qui vivent dans la précarité.

Depuis lors, les médias de rue occupent une place indispensable dans le paysage médiatique. En parallèle des médias de masse, ils donnent la parole aux personnes de la rue en tissant des liens avec elles, en les accompagnant dans l’expression de leur réalité, en développant une expertise de terrain nourrie par des relations constantes avec les organismes, les travailleurs du milieu et l’ensemble des acteurs concernés.

En 30 ans, de nombreux médias de rue à travers le monde se sont professionnalisés jusqu’à produire une information de qualité, dans le respect du cadre déontologique qui guide la profession journalistique. Et à en croire les propos rapportés par notre collaborateur en France, Jean Rémond, cette qualité de l’information est l’un des socles sur lequel repose la pérennité même des médias de rue.

Un dossier à l’occasion de la Semaine internationale des camelots et des médias de rue.

Vous venez de lire un extrait de l’édition du 15 février 2026.Infolettres de L'Itinéraire