Nés en Europe au tournant des années  1990, dans le sillage d’une décennie marquée par le crash économique, le chômage de masse, la flambée des taux d’intérêt et les chocs pétroliers, les journaux de rue ont offert à des milliers de personnes marginalisées et sans emploi une façon de gagner leur vie dignement. Selon l’International Network of Street Papers (INSP), le réseau international qui regroupe la majorité de ces publications, les journaux de rue auraient permis à plus de 390000 personnes de sortir de la pauvreté depuis leur apparition, il y a près de 50 ans.

Si certains géants, comme The Big Issue, fondé à Londres en 1991, sont aujourd’hui devenus des institutions reconnues et populaires, d’autres ont disparu. En France notamment, la plupart des journaux de rue n’existent plus.

Petite histoire des journaux de rue en France

En France, une dizaine de journaux de rue ont été créés à la fin des années 90. Aujourd’hui, il ne reste qu’un survivant de cette période. Magouilles financières, faible qualité journalistique, délit pénal… Récit de l’essor et du déclin des journaux de rue dans l’Hexagone.

L’histoire débute à Paris, en 1993. Le 11 mai de cette même année, Macadam, journal de rue directement inspiré par la création de The Big Issue, à Londres en 1991, voit le jour en France et en Belgique. Le premier média de rue français vient de naître, les autres vont rapidement suivre.

En 1994, une dizaine de journaux de rue sont créés, pour près d’un million de tirages par mois. Parmi les nombreux titres qui venaient de fleurir, on trouve Faim de Siècle, Le Réverbère, La Rue, Sans-Logis, Génération Sida, Passeport, La Mouise ou encore Le Lampadaire. Tous étaient vendus entre 10 et 15 francs.

Rapide disparition

« Macadam a très bien fonctionné, et très rapidement, se rappelle l’imprimeur Gilbert Caron. [ NDLR : en  1995, le journal diffusait près de 500 000  exemplaires par mois, avec près de 3000  vendeurs. ] Alors, quand un produit marche, les autres veulent faire de même », Cet homme de 75 ans sait de quoi il parle. En 1994, accompagné d’un journaliste, il participe à la création du journal de rue Le Lampadaire. Le média est aujourd’hui renommé L’Itinérant, dernier représentant des journaux de rue en France, et Gilbert Caron en est toujours l’imprimeur et directeur de publication.

Mais la prolifération rapide de journaux de rue, alors même que ce type de presse était une nouveauté dans l’espace médiatique et les villes françaises, n’a pas eu que des effets positifs. À vrai dire, au cours des années 2000, une bonne partie avait disparu. En 2009, seuls L’Itinérant et Sans-Abri avaient survécu, quand Macadam, disparu depuis quelque temps, relançait une nouvelle formule, selon un article du journal Le Parisien intitulé « Seuls trois journaux de rue ont survécu », paru le 5 janvier 2009.

Plusieurs raisons expliquent le rapide déclin des journaux de rue en France. Parmi elles : l’appétit financier de certains investisseurs qui voyaient en leur essor un marché des plus rentables.

Vous venez de lire un article de l’édition du 15 février 2026.
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