Le projet de loi 20, une réforme de l’habitation proposée par la CAQ, a soulevé un vaste élan citoyen au Québec. Devant la résistance historique du milieu des coopératives, le gouvernement a finalement fait marche arrière.
Retour sur une mobilisation qui rappelle que ce modèle repose sur l’autonomie, la mixité sociale et l’engagement des membres, tout en mettant en lumière le manque de mesures structurelles de l’État pour régler la crise du logement.
« J’ai ressenti du soulagement, de la joie, comme du stress ou de la pression qui retombent enfin », confie Laurence Caron en entrevue pour L’Itinéraire le 4 juin 2026, quelques heures seulement après l’annonce de l’abandon du projet de loi 20 (PL 20) par le gouvernement. Ce résident d’une coopérative du Plateau-Mont-Royal craignait que cette réforme ne l’oblige à quitter son logement à cause de revenus dépassant les nouveaux seuils imposés. La veille, le professionnel de la santé avait adressé un courriel « en désespoir de cause » à l’ensemble des députés de l’Assemblée nationale ainsi qu’aux médias de la province.
Déposé en février dernier par Caroline Proulx, alors ministre responsable de l’Habitation, le PL 20 a rapidement suscité une levée de boucliers au Québec. Multipliant les manifestations et les pétitions, les membres de coopératives, le milieu académique et l’opposition parlementaire se sont vigoureusement opposés à cette réforme.
Une mobilisation qui a donc porté ses fruits. Pour Laurence Caron, le soulagement est cependant teinté de culpabilité. « Le projet de loi jouait avec nos émotions en mettant le fardeau sur nos épaules : si on refuse de se faire expulser, on a l’impression de priver d’autres personnes dans le besoin, regrette-t-il. On est rassurés que ce soit abandonné, mais il y a une sorte de malaise associé à ça. En tant que membre de coop, on a des valeurs altruistes, et là, on se retrouve forcés de tirer la couverte de notre bord. On se bat pour la même place dans le bateau de sauvetage parce qu’il n’y a tout simplement pas assez de logements sociaux. »
Guichet unique et seuil de revenus maximal
Si le projet de loi traitait de la question du logement dans son ensemble, ses dispositions les plus litigieuses concernaient le modèle coopératif. Au premier chef, on retrouvait la création d’un guichet de demandes de location, dont la vocation aurait été d’orienter les demandeurs vers les différents types de logements sociaux disponibles : HLM, OSBL d’habitation, mais aussi les coopératives d’habitation.
Une centralisation qui entrait en conflit avec l’autonomie de ces structures, selon Patrick Préville, directeur général de la Fédération de l’habitation coopérative du Québec (FHCQ), qui redoutait les effets de cette mesure. « Là où le bât blesse, c’est que ce ne seraient plus les comités de sélection internes qui sélectionnent les futurs membres selon les besoins de la coopérative, mais bien un organisme gouvernemental qui ne connaît pas leurs enjeux spécifiques. »
Deuxième disposition au coeur des tensions : l’instauration d’un plafond de revenus généralisé. Alors que les coopératives doivent déjà intégrer un certain pourcentage de ménages à faible revenu, le PL 20 visait à étendre cette obligation à l’intégralité des membres. Une disposition qui venait répondre à un rapport de la vérificatrice générale (VGQ) de 2025, lequel soulignait que plusieurs ménages vivaient en coopérative malgré
des revenus jugés trop élevés.
« On est vraiment dans une prise de possession des coopératives, résumait alors Patrick Préville, au moment fort de la contestation. C’est de l’ingérence totale dans ces organisations d’économie sociale, indépendantes du gouvernement. »
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