Auriane Egal est astrophysicienne. Dans le cadre de son travail, elle s’intéresse à l’observation et à la modélisation des pluies de météores, ces lumières émises par l’entrée dans l’atmosphère de poussières célestes. Mi-trentaine, cheveux roses, elle est loin de l’image que l’on se fait d’une pointure dans le monde de la physique. Fin janvier, elle a pourtant reçu le prix de Scientifique de l’année 2025 de Radio-Canada pour avoir réussi à suivre un astéroïde depuis sa détection dans l’espace jusqu’à son impact sur Terre. Une première mondiale !

Ce petit astéroïde d’environ un mètre de diamètre, baptisé 2023 CX1, s’est écrasé dans le nord de la France le 13 février 2023. Grâce à la collaboration d’une centaine de chercheurs à travers le monde et à une mobilisation citoyenne exceptionnelle, l’objet a pu être observé depuis l’espace, suivi lors de sa traversée de l’atmosphère, puis récupéré au sol pour être analysé. Le tout coordonné avec brio par la jeune scientifique française, installée au Québec.

L’Itinéraire l’a rencontrée au Planétarium de Montréal, où elle occupe le poste de conseillère scientifique, afin d’explorer les coulisses de ses recherches.

Au moment où on se parle, tu viens tout juste de recevoir le prix de Scientifique de l’année 2025 par Radio-Canada. Félicitations ! Est-ce que tu t’y attendais?

Pas du tout. Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais dans un escalier. Je me suis assise par terre. J’étais complètement surprise. Je suis évidemment très honorée et très touchée. Ce qui a le plus de valeur à mes yeux, c’est que le travail récompensé correspond à l’un des projets les plus difficiles que j’ai menés, mais aussi à celui qui porte le plus de belles histoires, à la fois scientifiques et humaines.

C’est un projet qui m’a amenée à coordonner une vaste collaboration internationale : 97  chercheurs, issus de 67 institutions dans 22 pays, ainsi qu’une centaine de citoyens et citoyennes. Ce n’était pas la solution de facilité ni de rapidité vu le contexte géopolitique. Il y a beaucoup d’incertitudes, de cloisonnements et de replis sur soi. Mais à notre échelle, on a choisi d’adopter une autre voie : un astronome hongrois détecte l’astéroïde, des Croates le confirment, des Roumains le traquent, des observatoires du monde entier l’observent. Les agences spatiales calculent le point d’impact, des citoyens captent des données essentielles, des scientifiques canadiens et australiens déterminent les zones de chute, et des Français retrouvent la roche au sol.

On a démontré que cette partie de la défense planétaire fonctionne super bien. Et elle fonctionne grâce à la collaboration, parfois au bénévolat, de beaucoup de personnes qui travaillent d’arrache-pied pour détecter, suivre, protéger. C’est aussi une collaboration qui résiste au contexte politique actuel. Ce n’est pas toujours évident parce qu’on a de moins en moins de financement. De moins en moins aussi d’aide des Américains dans les domaines scientifiques. Mes collègues aux États-Unis font de leur mieux. Malgré tout ça, c’est important de rappeler que ça repose sur la bonne volonté et les valeurs humaines de beaucoup de personnes à travers le monde. Ça répond à nos valeurs et à notre amour de la science parce qu’on avance mieux quand on avance ensemble.

Lorsqu’un astéroïde est repéré dans l’espace, quelles sont les étapes qui permettent de le suivre jusqu’à son entrée dans l’atmosphère, voire jusqu’à son impact au sol?

La première étape, c’est la détection. Ça peut paraître évident, mais ça ne l’est pas du tout. En général, quand on voit les astéroïdes, c’est parce qu’ils sont sur le point de nous tomber dessus. Mais maintenant, on a des techniques de détection assez évoluées pour les repérer plus tôt. Typiquement, ce qui va se passer, c’est qu’on va avoir des astronomes partout à travers le monde qui scrutent le ciel chaque nuit à la recherche d’objets géocroiseurs [ NDLR : objet proche de l’orbite terrestre ].

Dans le cas de 2023 CX1, il a été découvert par l’astronome hongrois qui a observé un minuscule point lumineux qui se déplaçait rapidement dans le ciel. Ce ne pouvait être ni une étoile ni une planète. On prend alors plusieurs images successives du ciel. Les étoiles, très éloignées, ne bougent pas, et les planètes très peu. Mais un astéroïde, lui, se déplace d’une image à l’autre. Ce petit point blanc mobile, c’est un asteroïde.

Vous venez de lire un extrait de l’édition du 1er mars 2026.Infolettres de L'Itinéraire