« « Si vous entendez un bruit, vous ne rêvez peut-être pas. Réveillez-vous pour vérifier d’où il vient !  », nous avait dit Pol Pelletier lors d’un cours d’autodéfense.

C’était un soir d’octobre. Je vivais au rez-de-chaussée, et un bruit m’a réveillée. Je me suis levée et dirigée vers la fenêtre. C’est de là que semblait venir le bruit. En m’approchant pour regarder, la fenêtre a volé en éclats, traversée par un pieu de bois. À ce moment-là, j’ai libéré ma peur en criant : Kaï ! et j’ai couru vers la porte d’entrée pour fuir par le corridor de l’immeuble. « Cherche, crie et fuis ! », c’est ce que j’avais retenu des cours. Je me suis mise à frapper aux portes jusqu’à ce que l’une d’elles s’ouvre. »

Nous sommes en 1978. Nicole vient de se séparer de son ex-conjoint et décide de suivre des leçons d’autodéfense, au cas où…

Une initiative qui lui a littéralement sauvé la vie.

« Le pire, explique-t-elle, c’est quand le policier m’a dit : « Madame, ce n’était pas un voleur, mais un violeur ». »

Se remettre du traumatisme lié à cette agression a été un long processus. « J’éteignais la balayeuse constamment pour vérifier si je n’entendais pas un bruit. » Et 48 ans plus tard, Nicole raconte encore son histoire avec un stress perceptible dans la voix.

Cet exemple n’est malheureusement qu’un parmi tant d’autres – et plus proche de nous qu’on pourrait le croire. Deux heures plus tôt, une collègue, originaire de la capitale économique du Brésil, raconte que si le terme féminicide est encore relativement récent au Québec, au Brésil il est tristement courant dans les médias.

« Le Brésil est un pays où la violence est très présente, relate-t-elle. Et les cours d’autodéfense y sont largement proposés pour lutter contre les violences sexuelles. »

Elle, c’est à travers des cours de karaté qu’elle a appris l’autodéfense, en cas de besoin, même si sa mère prônait plutôt une prudence impossible à appliquer. « Au Brésil, tout peut être dangereux ; marcher seule dans la rue, courir dans un parc… », affirme-t-elle.

Comment en est-on arrivé, un vendredi matin, à partager entre collègues ce sombre pan de la réalité vécue par tant de femmes ? un article de La Presse daté du 20 février et intitulé On devrait apprendre aux femmes et aux filles à se défendre. « Les agresseurs sélectionnent souvent leurs cibles à partir de signaux perçus de vulnérabilité : posture fermée, évitement du regard, hésitation, écrit Élisabeth Varennes, formatrice, consultante et vulgarisatrice scientifique, dans La Presse. Or, ces comportements correspondent précisément à ceux encouragés chez les filles au nom de la prudence. »

Difficile d’ignorer qu’il ne s’agit pas là d’une question, mais bien d’une affirmation, qui résonne sans doute chez ceux et celles qui souhaitent rompre avec la culture de la prudence.

Vous venez de lire un article de l’édition du 1er mars 2026.
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