Ils sont 135 camelots à arpenter chaque mois les rues du centre-ville de Vancouver pour vendre le magazine Megaphone. Parmi eux, David Deocera se distingue. Camelot vedette, il vend, beau temps mauvais temps, dans le secteur paupérisé du Downtown Eastside, derrière son stand coloré où ses magazines côtoient des cartons couverts de slogans accrocheurs.
Lynn Champagne, camelot pour L’Itinéraire, avait quelques questions à lui poser. Les deux se sont rencontrés par appel vidéo et ont échangé sur leurs parcours, leurs techniques de vente et leur désir commun d’intégrer, un jour, le marché du travail – et ce «même à 60 ans », souligne David.
La discussion* s’ouvre sur une image inattendue alors que David brandit un exemplaire de L’Itinéraire du 15 septembre dernier devant la caméra. « Comment t’as mis la main là-dessus? », lui demande Lynn. « Aucune idée, répond-il en riant, mais depuis que je l’ai, je l’expose sur mon stand. Les gens de Montréal en visite sont ravis de reconnaître un produit bien de chez eux. »
Lynn C. : Dis-moi, David, ça fait longtemps que tu vends Megaphone ?
David D. : Huit ans et j’entame ma neuvième année.
C’est pareil pour moi ! Peux-tu m’en dire un peu plus sur toi et sur ton parcours, ce qui t’a amené à devenir camelot ?
J’ai quitté les Philippines en 1995 pour le Canada. Je suis heureux, et surtout, fier d’avoir réussi à m’installer à Vancouver. J’ai commencé ma vie ici en occupant une série d’emplois : concierge de nuit dans une station de ski, plongeur, agent de sécurité pendant les Jeux olympiques de 2010. Après les Jeux, l’emploi était plus difficile à trouver. J’ai commencé à distribuer les quotidiens Métro et 24 Heures, ce qui m’a donné une expérience comme camelot de rue. Mais, comme tu sais peut-être, les deux journaux ont fermé. Ma communauté, mon appartenance, ç’a toujours été dans le secteur du Downtown Eastside. Et je voyais régulièrement des gens vendre Megaphone dans la rue. J’étais curieux. Je l’ai lu et je suis tombé amoureux du contenu. J’ai à cœur la justice sociale et j’aime le fait qu’un journal de rue soit comme un porte-parole des personnes marginalisées.
Est-ce que ça te permet d’avoir une meilleure qualité de vie ?
Megaphone a sauvé ma vie. En séjournant dans des refuges du quartier, j’ai rencontré toutes sortes de personnes, j’ai fini par boire et faire la fête dans des bars obscurs. Ce n’est pas mal en soi, mais j’ai fréquenté ces endroits, accompagné d’un peu de narcotiques, à cause de la pression de mon cercle d’amis. Megaphone m’a donné plusieurs compétences. Je gère mon travail de camelot comme ma petite entreprise. Je fais l’inventaire, la planification, les stratégies marketing, le service à la clientèle, la gestion du temps. C’est ma petite boutique.
* Propos traduits de l’anglais puis édités par Simon Bolduc, journaliste.
Vous venez de lire un article de l’édition du 15 février 2025.






