Des regards posés sur la société

Gribouillés sur un coin de mouchoir, chuchotés à l’oreille d’une bénévole, envoyés par texto, courriel ou message audio… Les mots des camelots nous parviennent de mille façons, à l’image de ceux qui les écrivent.

Cette année, pas de grande revue de presse 2025, d’ «experts» qui prédisent les enjeux à venir, et tant pis pour les sempiternelles bonnes résolutions. Pour ouvrir 2026, nous vous invitons plutôt à replonger dans ces courts textes que la clientèle des camelots affectionne tant: des éclats de rue, brefs mais vibrants, qui font battre le cœur de nos pages.

L’Itinéraire vous propose donc un survol de quelques-uns des meilleurs Mots de camelot de 2025, traitant de politique internationale, d’environnement ou encore d’enjeux de société.

Le temps d’un sourire

Par Denis Moisan

Sans doute vous est-il déjà arrivé de vous lever du mauvais pied, de déchirer vos bas à cause d’un ongle d’orteil mal taillé, de briser votre brosse à dents. Pas tout en même temps, mais, enfin vous finissez ce matin-là par partir au travail. Malgré cela, vous poursuivez votre résolution : vivre pour travailler. Je fais la même chose.

Une fois dans le métro, le siège réservé aux femmes enceintes et aux personnes à mobilité réduite est occupé par un grand athlète déguisé en joueur de basket, bien avachi. De grâce, ne soyez pas comme moi, ne tentez pas d’imposer votre justice dans ces moments-là, c’est mauvais. Une fois rendu à mon spot de vente, je dois passer devant une personne intimidante qui veut mon p’tit change. Ensuite, je reconnais les visages qui passent devant moi chaque matin : un simple bonjour, bon matin, bonne journée, un signe de la main, de tête. Tout cela efface, comme par enchantement, mes mauvaises expériences du début de journée et mon mauvais caractère.

Il m’a fallu un gros paragraphe de mauvaises expériences pour deux petites lignes de lumière. Il faut s’accrocher à notre humanité, nous ne sommes pas des machines.

Carte-repas solidaire

Qu’elle est devenue chère, la vie !

Par Mostapha Lotfi

La vie est devenue trop chère. Le 1 ½ que je payais 300 $ en 2002 coûte désormais 800 $ et à l’époque, le chèque de BS était de l’ordre de 500 $ environ. Donc techniquement, il devrait s’ajuster maintenant à 1200 $ alors qu’il n’est que de 800 $. Dans cet état des choses, il est de plus en plus difficile d’avoir un logement abordable et il est de plus en plus commun de recourir à la colocation.

La crise du logement, à mon avis, n’est pas due uniquement à la rareté des logements et au flux migratoire. C’est plus complexe que ça. L’attrait du gain chez une partie de la classe propriétaire n’y est pas étrangère. À cet égard, le laxisme du gouvernement est déplorable. Les loyers sont plus chers aussi pour mes clients et financièrement, ils sont plus vulnérables eux aussi. Ils vont mettre moins la main à la poche pour s’offrir une revue. En général, le monde est de moins en moins enclin à aider. Disons que les aidants se font de plus en plus rares et les nécessiteux, de plus en plus nombreux !

Depuis un certain temps, un camelot vend moins de revues. Le camelot gagne moins, mais la vie est plus chère. Pourrait-il reprocher son malheur à sa clientèle ? Pas question ! Mais l’heure est à la solidarité et à la compassion entre tous les membres de la société. Il est temps que nos rapports soient plus humains et empathiques.

L’équipe de la rédaction dédie une partie de cette édition à Denis Moisan, camelot décédé au printemps dernier, idéateur de cette rétrospective 2025.

Vous venez de lire un article de l’édition du 1er janvier 2026.Infolettres de L'Itinéraire