La chanson Adieu Monsieur le professeur (1968) d’Hugues Aufray nous rappelle l’importance du métier de professeur. Depuis quelques années, la pénurie de profs et le départ rapide des nouveaux enseignants, nous l’a fait réaliser. En cette semaine des enseignantes et enseignants, du 2 au 6 février, je vais vous parler d’une de ces profs qui a fait une différence pour ses élèves.

J’ai eu comme enseignante Solange. Elle m’a donné des cours en maths fortes en troisième et quatrième secondaire. J’ignorais que cette femme me donnerait le goût de cette matière et me porterait à d’autres niveaux.

Solange a eu sur moi un regard différent que d’autres profs n’avaient pas. Elle a observé plus loin que les apparences. J’étais très repliée sur moi, pauvre et mal habillée. Mais pour elle, ce n’était pas ce qui comptait.

Ce qu’elle m’a apporté

À mon premier examen, j’ai eu la note de 58 %. J’ai été obligé de lui demander des explications pour pouvoir remonter ma moyenne. Je ne me sentais pas sûre, car avec d’autres profs j’avais eu de mauvaises expériences. Lorsque je ne comprenais pas à la première explication, je faisais rire de moi. C’est ce qui a fait que, par la suite, je ne posais plus de question même si je n’assimilais pas la matière, parce que ça m’insultait et me blessait. Je craignais que la même chose se répète. Elle a eu une réaction différente, même si je ne comprenais pas du premier coup, elle réessayait sous d’autres formes jusqu’à ce que je saisisse. Cela a porté fruit puisqu’à la fin de la première session j’avais comme résultat 89 %.

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Par la suite, j’ai obtenu, pendant les deux ans où elle m’enseignait, des résultats au-dessus de 90 %. Solange m’a confié plus tard qu’au début elle s’était dit : « Elle a donc de la misère cette petite fille-là. » Cela ne l’a pourtant pas empêchée de continuer et de persévérer pour trouver diverses manières de m’expliquer jusqu’à ce que je comprenne. Elle n’a pas baissé les bras.

Elle m’a aidée dans d’autres matières. Je lui faisais souvent lire mes textes de français et elle corrigeait mes fautes. Plus tard, je me suis aperçue qu’elle m’avait aidée à voir les fautes que je faisais parce que je suis dyslexique, et que, même si je me relisais, je ne les voyais pas. Avec le temps, je me suis aussi ouverte à elle sur certaines difficultés que je vivais parce que je sentais que je pouvais lui faire confiance.

Son regard sur moi a fait une différence, et pas seulement concernant mes apprentissages en maths. Plutôt par rapport au fait qu’elle me considérait comme une personne importante, unique qui a le droit d’être comme elle est. Elle ne donnait pas seulement qu’à moi, mais à tous ses élèves. Elle offrait son temps sans compter. Elle avait de l’intérêt pour ses élèves, elle était une femme de cœur, à l’écoute. Elle a d’ailleurs organisé un voyage dans un autre pays avec ses élèves.

Elle m’a fait aimer les mathématiques aussi fortement et a été tellement un beau modèle, que j’ai pensé très sérieusement étudier pour être enseignante. Finalement, j’ai opté pour un autre domaine ; elle a accepté et m’a encouragée dans mon projet.

Une femme extraordinaire

Il y a de ces gens qu’on perçoit comme ordinaires dont on n’entend pas parler dans les journaux, qui ne gagnent pas de trophée, mais qui en mériteraient pour ce qu’ils font chaque jour sans jamais compter. Solange était l’exemple d’une femme ordinaire qui était extraordinaire.

Elle est malheureusement décédée en février 2021. Je ne l’oublierai pas et garderai toujours une place pour elle dans mon cœur. Regardez autour de vous, pour voir s’il y a des gens ordinaires qui sont extraordinaires.

Vous venez de lire un article de l’édition du 1er février 2026.
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