Demandes d’aide à la hausse
Chez SOS violence conjugale, le nombre d’appels téléphoniques est passé de 41000 par année à 58000, entre 2020 et 2022. « C’est très bien, affirme Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF), les femmes vont plus rapidement demander de l’aide et venir en maison d’hébergement, mais nous sommes victimes de notre succès: les maisons ont un taux d’occupation qui frise 100%, et plus. » « Ce n’est pas pour rien que des femmes se retrouvent en situation d’itinérance. Il n’y a rien de pire que de devoir dire non à une femme qui est dans la voiture avec ses enfants et qui cherche un endroit où aller. » Les organismes rejoindraient seulement 10% des femmes victimes de violence. Combien de femmes vivant en région éloignée hésitent avant d’aller en maison d’hébergement, déplore la directrice : « Ce n’est pas évident pour elles de quitter leur travail, de penser à se retrouver un logement, de changer les enfants d’école. De laisser leur vie, c’est un pensez-y bien. » La violence touche des femmes issues de toutes les classes sociales, sauf que celles que la violence vulnérabilise le plus ont souvent un lourd passé entaché de violences sur plusieurs plans. Certaines ont subi des abus sexuels dans l’enfance, et de la violence familiale et conjugale dans plusieurs relations. « Il y a un lourd passé derrière leur situation, constate Anick Desrosiers, psychothérapeute auprès des femmes itinérantes ou à risque de le devenir, à La rue de femmes. La précarité t’enlève des choix. » C’est pourquoi le travail des intervenants consiste aussi à les soutenir dans leur départ de la maison, à stabiliser leur situation financière, et à les aider dans le processus de dénonciation, parce que c’est une période à haut risque: la plupart des féminicides surviennent dans les six mois après avoir quitté un conjoint violent.La sécurité des femmes : un élément crucial des services d’hébergement
Les maisons d’hébergement font leur possible pour assurer un accueil sécuritaire et chaleureux aux dizaines de femmes qu’elles hébergent. Mais les bas salaires du milieu communautaire n’incitent pas les intervenantes à demeurer en poste. Les nombreux changements ont une incidence sur la confiance que peuvent avoir les femmes envers le personnel. La confidentialité des adresses et la discrétion des lieux d’hébergement sont aussi essentielles à la sécurité et à la confiance des femmes qui s’y trouvent. Souvent, elles vont préparer leur sortie petit à petit. Elles peuvent même apporter des effets personnels à la maison sans que leur conjoint le sache, de manière à préparer leur départ. Dépendamment du moment où les femmes arrivent à la maison d’hébergement, elles peuvent recevoir un accueil plus ou moins attentionné. C’est sûr que si l’on compte seulement deux intervenantes pour 40personnes, elles ne peuvent pas tellement se concentrer sur la douleur des victimes. Il n’y a pas tellement de place pour les émotions, elles s’occupent de leur donner un lit, et des informations importantes: où manger et placer leurs bagages. C’est plus tard qu’elles pourront les écouter. « Même si on n’est pas cette femme sur trois qui subit de la violence, toutes sont susceptibles d’en vivre », estime Anick Desrosiers, psychothérapeute à La rue des femmes. Au Québec, et à l’échelle mondiale, plus de 30% des femmes ont subi au moins une fois des violences physiques ou sexuelles. Ce chiffre ne tient pas compte du harcèlement ou de l’intimidation, du contrôle financier ni de la cyberviolence. Selon l’ONU, ce sont les femmes qui sont le plus assassinées par leur partenaire intime ou un membre de leur famille (64% de femmes, contre 36% d’hommes) dans le monde. Pendant la pandémie, et contrairement à ce qu’on pourrait croire, la violence a surgi lors des déconfinements, alors que les conjoints violents perdaient leur emprise sur leurs conjointes qui pouvaient enfin ressortir, après plusieurs mois confinés à avoir gardé un profil bas. Au Canada, une femme ou une fille est tuée tous les deux jours. Au Québec, depuis le début 2022, on déplore 14 meurtres de femmes (féminicides). En 2021, il y en a eu 26, le plus haut chiffre depuis 13 ans. Cette année-là, les services de police constatent une hausse de 30% des signalements par rapport à 2020. * noms d’empruntSOS VIOLENCE CONJUGALE 514 873-9010 1 800 363-9010
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