« L’infodémiologie », comme l’a nommée l’Organisation mondiale de la santé, est l’un de ces néologismes apparus avec la pandémie. Ce mot illustre la surabondance d’informations, fiables ou non, observées au cours d’une épidémie. Celles qui sont fausses sont comme des agents pathogènes ; elles se propagent plus rapidement et à grande échelle, complexifiant ainsi la transmission des faits au grand public, et donc la compréhension et l’adhésion aux mesures sanitaires. D’où le besoin d’aplatir la courbe en vulgarisant les connaissances scientifiques.
Mais, ce n’est pas si simple de se retrouver dans tout ce brouhaha. Qui écouter et à qui accorder de la crédibilité ? Comment s’assurer que ce qu’on lit est avéré ? Chaque prise de parole publique, pour peu qu’elle soit faite par un journaliste scientifique ou un scientifique, est mise au banc d’essais, questionnée, voire discréditée. L’accusation de proximité avec la politique est celle qui revient le plus souvent. Face à l’organisation et la planification dont font preuve certains groupuscules spécialisés en désinformation, mieux comprendre la science n’a jamais été aussi essentiel qu’aujourd’hui.
Sous sa cape d’Infoman, Jean-René Dufort, biochimiste de formation, a ce côté dubitatif inné. Il en est certain : la pandémie a changé la donne en information scientifique. « Avant ça, on n’avait pas à prendre de décision scientifique chaque jour ou chaque semaine. La notion même de ce qu’est un média sérieux a changé depuis l’arrivée et la maîtrise des réseaux sociaux. »
Il y a 10 ans, l’animateur se souvient avoir été interviewé par une personne ingénieuse qui avait utilisé son iPhone « pour faire ça en live » sur un réseau social. Par ce geste, aujourd’hui anodin, cette personne était devenue techniquement un média. « C’était à la fois épeurant et intéressant. Cela prouvait que l’information se démocratisait, mais l’effet pervers de ça, c’est qu’elle est devenue presque une question d’opinion. Or, la science n’est pas une opinion, c’est une connaissance accumulée d’éléments vérifiés et vérifiables sur l’être humain. Que tu croies ou non en la gravité, c’est bien d’valeur, mais ton jus d’orange se versera quand même dans ton verre. »
Cette science dont on parle prend du temps à être confirmée ou infirmée par les pairs, c’est-à-dire les autres scientifiques. Et le temps est une notion qui s’est confrontée au choc de voir le monde se confiner brutalement en mars 2020. On voulait avoir des réponses immédiates pour comprendre ce qu’il était en train de se passer.
En d’autres termes, il se peut qu’on se dise qu’un élément était supposément vrai pour s’apercevoir que ce n’est peut-être plus tout à fait le cas aujourd’hui. Et les exemples ne sont pas en reste. « Je comprends que ce ne soit pas facile de s’y retrouver dans un nuage d’opinions. Ce n’est pas simple de garder confiance en la science. Si l’on dit que quelque chose est faux après avoir dit six mois plus tôt l’inverse, cela ne veut pas dire que ce n’est pas vrai. Cela signifie qu’il y a des chercheurs qui travaillent de la façon la plus rigoureuse possible pour trouver une réponse, sans qu’elle ne soit totalement définitive. Elle est là la nuance. »
En point de presse chaque semaine, on a assisté à des dialogues de sourds. Les journalistes voulaient des réponses à livrer les premiers aux lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs assaillis de toute part. Ceci alors que la science ne pouvait pas toujours en donner dans l’immédiat. « Qu’on soit clair, nous on peut se tanner, mais le virus ne se tanne pas, lui. On dit que le message passe moins, mais je crois qu’on est juste fatigués de l’entendre, comme lorsqu’on assiste à la fin d’un cours de mathématiques. Cela ne veut pas dire que le prof transmet moins de matière, cela signifie juste que l’on est moins réceptifs », ajoute Jean-René Dufort.
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