Repenser l’accompagnement
À Fredericton, c’est le
Housing First Services, découlant de la John Howard Society, un OSBL indépendant, qui est mandaté d’offrir les services d’accompagnement et de maintien en logement aux gens à risque ou en situation d’itinérance. D’ailleurs, M. Lebrun s’y implique activement depuis quelques années. Si certaines des personnes qui intègrent la communauté des 12 voisins bénéficient d’un soutien social préexistant, M. Lebrun a voulu néanmoins s’éloigner de cette approche traditionnelle qui, d’après lui, établit un rapport hiérarchique entre soignant et soigné.
Le projet prévoit plutôt un type particulier d’intervention qui implique des intervenants nommés community navigators. «
On voulait de l’horizontalité, comme des pairs-aidants en quelque sorte. » Ces intervenants ont comme rôle d’accompagner les personnes en travaillant leurs objectifs personnels et en assurant la liaison avec les services sociaux, au besoin. «
Bien entendu, il va y avoir aussi des ateliers et des services dans le centre d’entrepreneuriat social », ajoute M. Lebrun.
Ensemble au même endroit
Avant de donner son aval au projet, la Ville de Fredericton redoutait la concentration des 96 micro-maisons dans un même endroit. C’est pourquoi la mairesse Kate Rogers et son équipe ont proposé un déploiement sur plusieurs lieux pour éviter une forme de ghettoïsation. «
Les meilleures pratiques pour le logement social disent qu’il faut éviter la concentration du parc locatif et favoriser une mixité sociale. M. Lebrun a vite répondu à cette préoccupation par la construction par étapes de 12 mini-maisons et progresser jusqu’aux 96 demeures au fil des ans. On va suivre l’évolution du projet avec M. Lebrun et s’ajuster avec lui et son équipe au fur et à mesure », dit la mairesse de la troisième ville en importance dans la province.
Bien que ce modèle puisse engendrer des craintes de débordements, Marcel Lebrun y voit plutôt une force qui permet de «
tous les retrouver à la même place et de centraliser les services ».
En dehors des inquiétudes soulevées, la mairesse reconnaît toutefois les avantages de construire au même endroit. «
Le logement social, c’est à la fois complexe, mais pas compliqué. Pas compliqué parce que c’est essentiellement juste un toit. Et complexe parce que les personnes qui requièrent ce toit ont des besoins multiples. Ça nécessite un soutien qui doit être coordonné et on optimise le processus quand les personnes se retrouvent au même endroit. » Disperser les gens aux quatre coins de la ville implique d’étendre davantage les services de proximité. Cette approche requiert des ressources financières et humaines qui ne sont pas toujours disponibles. C’est pourquoi le modèle de communauté, qui peut accueillir entre 100 et 200 personnes, répondait à ces obstacles.
C’est en aidant qu’on s’aide
Ce que Marcel Lebrun retient de ce long processus de recherche et d’élaboration, c’est qu’une personne qui ne croit pas en sa propre valeur ne peut pas s’émanciper et sortir du cycle de la dépendance sociale. Se sentir utile, avoir quelque chose à offrir, c’est le premier pas vers la réintégration en société, estime l’entrepreneur social.
C’est d’ailleurs la raison d’être du centre d’entrepreneuriat social qui se situera à même la micro-communauté. Trois projets d’économie sociale sont déjà prévus dans le centre qui sera construit plus tard cette année. On y prévoit un café, un comptoir alimentaire, une galerie d’art ainsi qu’une fabrique de mini-maisons destinées tant aux sans-abri qu’à la communauté en général.
Qu’en pense-t-on à Montréal?
Plus près de chez nous, l’humoriste Mike Ward a offert, à la fin de janvier, 25 mini-maisons à la Ville de Montréal, qui les a refusées. L’administration Plante a jugé que ce n’était pas une solution adaptée aux gens en situation d’itinérance puisqu’elle doit comprendre de l’aide et de l’accompagnement d’intervenants psychosociaux sur le terrain. La mairesse a de plus évoqué le manque de ressources financières et humaines comme obstacles.
Cette histoire a fait grand bruit non seulement parce que l’offre vient d’un humoriste bien connu, mais parce qu’au moment de la proposition, on recensait déjà deux sans-abri morts de froid en début d’année. A-t-on rejeté l’offre trop rapidement ?
Julien Montreuil, directeur adjoint de l’organisme l’Anonyme, aurait souhaité qu’on examine la proposition plus longuement et, surtout, en impliquant les organismes ayant l’expertise en matière d’itinérance. «
J’aurais aimé qu’on prenne le temps de se poser quelques questions de base: on a une offre, un certain nombre de mini-maisons, y ’a-t-il un terrain ? Est-ce que certains organismes communautaires pourraient porter le projet ? Qu’est-ce qu’ils en pensent ? », s’interroge-t-il. Il reconnaît toutefois que le manque de ressources est un obstacle majeur au déploiement de projets comme celui-ci .
L’Anonyme parle en connaissance de cause puisqu’elle a accueilli en décembre dernier les premiers résidents de son projet de maison de chambres dans Hochelaga- Maisonneuve, à quelques pas du campement démantelé de la rue Notre-Dame. Le projet a plusieurs similarités avec celui de M. Lebrun, notamment en ce qui concerne les critères pour y résider. L’immeuble, autrefois une piquerie insalubre, a été complètement revampé et comporte aujourd’hui 14 chambres. Ce projet à haut seuil d’acceptabilité s’appuie sur une approche de réduction des méfaits. «
Le logement supervisé, ça marche pour un paquet de gens, estime Julien Montreuil. Mais y’a une frange de la population pour qui ça ne marche pas. Qu’est-ce qu’on fait pour ces personnes exclues du réseau de la santé, des institutions, de la société en général ? Eh bien il faut créer du logement social sans trop de barrières, où les règles sont simples : tu payes le loyer et tu respectes les lieux et tes voisins », dit M. Montreuil. Le directeur adjoint est d’ailleurs bien au fait de l’initiative du
12 Neighbours Community. L’Anonyme prévoit dupliquer son modèle de maison de chambres ailleurs dans les prochaines années, en misant sur l’approche plus inclusive pour la communauté, comme à Fredericton.
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